29.09.2006

les deux profs...

On dit souvent qu'il y a "deux profs qui comptent" dans la vie d'un élève. Voyons voir... moi dans l'ensemble, sur ma vingtaine d'années d'école/collège/lycée/fac, j'ai aimé -on se calme, apprécié- pas mal de profs... ce qui est un peu normal, vu que j'ai toujours aimé l'école/le collège/etc. Ya même une époque où j'étais une sale lèche ! Ouiche ! En maternelle, notamment, j'excellais dans l'art de bien ranger les jeux, ce qui me valait l'admiration et les bons points de la maîtresse, et l'indignation de ma maman, vu qu'à la maison ma chambre était un bordel innommable. On est fayot ou on ne l'est pas...

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En primaire, j'ai piqué une crise de nerfs le jour où j'ai découvert que la maitresse de CE2 serait un maître. Mon premier... ca m'a fichu un coup ! Ben en fait, il était adorable, et à partir de ce jour j'ai préféré les mecs (je vous rappelle qu'on parle de l'enseignement, hein). Monsieur Wisselmann, il s'appelait. Je n'ai jamais cessé de l'adorer, même si il m'a super-grondé deux fois et qu'en général j'abomine, j'éxcècre, me faire engueuler par un prof. Une fois, je lui ai dit "didonc, maître, blablabla" et il m'a repris vertement "on dit pas didonc c'est très malpoli". Gloups. Une autre fois, on faisait du pointillisme, on devait dessiner le contours d'une maison. Avec mes voisins de classe, Jérémy et Jean-Baptiste, on avait fini, et on se demandait s'il fallait colorier. Moi j'étais d'avis que oui, alors on a fait péter les feutres et on a colorié la maison. Bien sûr, on voyait plus que c'était du pointillisme, mais à l'époque je ne m'arrêtais pas à ce genre de détails. Le maître passe dans les rangs, voit l'atroce maison fuschia de Jérémy, et lui demande pourquoi il a fait ca. "C'est Morgane qui nous a dit qu'il fallait colorier l'intérieur". Traitre sournois et perfide. Je vous dis pas comme je me suis fait remonter les bretelles. J'ai cru que Monsieur Wisselmann n'allait plus jamais m'aimer. Heureusement, je l'ai croisé le soir même près de chez moi, alors qu'il promenait son caniche et moi ma grenouille en peluche, oui vous avez bien lu, à une époque je promenais une grenouille en peluche EN LAISSE, dites moi pas que c'est pas normal, c'était avant d'avoir mon petit frère lapin, et on s'est réconcilié. Pfiou !

Pour en revenir aux deux "profs de ma vie", j'hésite entre trois, mais plouf-plouf, je vais éliminer le délicieux Monsieur Dorronsoro (ah, Gilles !) qui m'a régalée durant ma deuxième année d'IEP d'un cours de science politique incroyable. Lui m'a fait découvrir Michel Foucault, l'histoire de la Turquie depuis Mustapha Kemal, et bien sûr, les ressorts de la Révolution Afghane, sans doute son cours le plus passionnant, dispensé un an avant que ce pays ne revienne dans la lumière des télés internationales. Un prof de ouf, donc, mais qui échappe de peu au classement des top-two. Désolée, Gilles, mais en lot de consolation je recommande à tout le monde ton super bouquin La Révolution Afghane, des communistes aux talibans, éditions Karthala, Paris, 2000.

On passe aux choses sérieuses, le TOP-TWO, tadadadadada. Par ordre d'apparition dans ma vie, les deux profs qui m'ont le plus marqués sont (des mecs, vous constaterez) : Monsieur Pantalacci (Martin) et Monsieur Yobé (Christophe, Chris,...). Certains de mes vieux amis qui me lisent ne pourront qu'être d'accord, surtout s'ils ont eu le délicieux Cristophe en cours. Par contre, je crois que personne ne partage avec moi les souvenirs du collège, ce qui est bien dommage car à cette époque je savais me fendre la poire. Et je portais des baskets compensées, ah que ne m'avez vous pas connue à cette époque !

MONSIEUR PANTALACCI, donc, était mon prof de francais en 5°, 4° et 3°, au collège Ausone, à Trier, en Germanie. Il avait un physique génial, qui donnait tout de suite envie de l'aimer. On a fait des choses sympas, avec lui. A l'époque, je le trouvais cool, mais rétrospectivement, je le trouve génial. Je connais encore un bon paquet de poésies qu'on avait apprises avec lui, et pire, je les aime, ces textes : la Mort du Loup, de Vigny je revois encore Cindy venue réciter sa poésie au tableau, qui se vautra par terre en imitant le loup à l'agonie, ah ca les classes étaient très interactives ! La Mouche et le coche, de Lafontaine, et surtout, SURTOUT la fameuse autodictée d'un poème de Verlaine mis en musique par Léo Férré, dont je ne me rappelle pas le titre mais je connais encore les paroles par coeur : Écoutez la chanson bien douce / qui ne pleure que pour vous plaire / elle est dicrète, elle est légère / un frisson d'eau sur de la mousse... À cette époque, mon papa écoutait áussi Léo Ferré, donc j'ai dit au prof que ca faisait vraiment vioque. Super insolente la minette.

Je me souviens aussi de ses supers blagues, de ses dictons à deux balles genre "un train peut aller très loin à condition qu'il reste sur ses rails". De son concert de flamenco. Et bien sûr, du grand concours de Haïku qu'il avait organisé durant l'année scolaire 1993-94. Quel pédagogie ! Quel courage ! Déjà, initier des boutonneux à la subtilité de la poésie japonaise, je dis chapeau. Mais quand en plus on affiche une vingtaine de photos dans le hall d'entrée du collège, et qu'on demande aux élèves et professeurs d'écrire des haikus inspirés par ces images par ailleurs très belles, je me rappelle notemment d'une photo d'un parasol coca-cola sur la place Rouge, délicieux paradoxe je dis, vraiment, ouaouh.

Et avec plus de 10 ans de retard, je te demande pardon, Monsieur Pantalacci, d'avoir pondu ce haiku qui nous a tous fait rire, y compris toi qui avais eu l'intelligence d'y voir une marque d'affection :

Sur le crâne dégarni / De Monsieur Pantalacci / Une mouche a aterri

Un pur moment d'émotion. De la grande poésie. Pour moi en ce temps là, les seuls auteurs valables étaient Michael Crichton et Régine Deforges, c'est dire si j'assume mon passé de débilos. Pardon aussi pour imiter à tue-tête le sketch des Inconnus "les Policiers" en changeant le nom de "Marcel Patoulacci" pour le tien. Ca rendait super bien, "je m'appppelleuh Martaing Pannnntalacci, brigadier-chef et agent de la Paix avant tout", surtout quand c'était Katia qui s'y collait. Sales gosses !

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MONSIEUR YOBÉ, quant lui, était mon délicieux prof d'anglais en 2° et 1° au Lycée International, à Stras'. Rhôôô oui, j'étais dans un lycée de petites pestes friquées, fils et filles de diplomates ou de trafficants de drogue (hé, là je déconne ! enfin, j'espère...) non mes parents ne sont pas trafficants de drogues, qu'allez vous donc penser !, et j'avais en plus de mes 4 heures d'anglais hebdo, 2 heures de cours d'histoire en anglais. Avec Chris, donc. Qui au début nous a bien fait flipper, la Saranou et moi. Souvenir stressant après la première classe d'histoire sur la démocratie athénienne : il fallait qu'on sache prononcer à la perfection TOUT le vocabulaire. Soirée merdique à la BU, d'où nous nous sommes faites tèj' comme des malpropres de lycéennes que nous étions. Angoisse, larmes, nous détestions déjà Monsieur Yobé après même pas une semaine de cours.

Ca n'a pas duré, vous vous en doutez ; je suis d'un naturel optimiste et conciliant. Au bout d'un mois, je l'adorais. Nous l'adorions TOUTES, car nous étions une classe de 26 filles et 4 mecs (les pauvres !). Que dis-je, nous l'idolatrions. Le pire, c'est que c'était mérité. En plus d'être super beau, il était super drôle, super gentil, super intéressant et super chou. Je dis super 5 fois si je veux, vous voyez pas que je suis en pleine phase de régression midinette ? Ce qu'on riait, mon dieu ! Les fois où j'ai été le plus près de me pisser dessus de rire, c'est à lui que je les dois. Il avait surnommé Bertrand, un des (pauvres) garcons du groupe, 'Bertie' et lui a fait faire la roue en cours, un jour. Hi, hi. Il m'a surprise pendant une pause à montrer mon soutif a Jess, ma copine d'internat. Arf, arf. J'en passe et des meilleures. Un vrai choupinet, je vous dit. Tellement qu'on s'est même pas énervées quand on a appris qu'il était marié et qu'un troisième enfant était en préparation. Nan, on était tellement open au MYFC Mister Yobé's Fan Club qu'on a même offert une grosse peluche pour la naissance du bébé !

Après, on s'est calmé ; enfin, moi et un groupe de dissidentes on a fondé le Bertie's Fan Club, ca faisait moins "briseuses de couple".

Merci, donc, Monsieur Yobé, vielmols merci de m'avoir fait découvrir et aimer Friends en VO, Wallace et Gromit, et les Monty Pythons. Merci de m'avoir trainé in-extremis aux États-Unis et m'avoir indirectement permis de m'acheter mon premier Levi´s vintage en velour (un jour je rentrerai de nouveau dedans, arf arf !). Je n'oublierai jamais le skyline de Chicago ce merveilleux soir d'octobre, ma plus belle image de ce pays. Merci pour tes remarques en cours, qui m'ont formées aux subtilités du cynisme, du sarcasme et de la drôlerie intelligente, je suis sûre que Pierre Desproges t'aurait adoré. It had to be you, Morgane, it had to be you / Of course Mr yobé, I'm the only one who uses this kind of ruler here ! Grâce à toi, je sais à tout jamais construire des belles phrases en Anglais grâce à la très performante ILSVMR, aussi connue sous le nom scientifique de NSVFOR.

Ben oui, la I Like Sardins Very Much Rule, ou Never Separate Verb From Objet Rule, zavez jamais été en cours avec Chris ou quoi ?

En réfléchissant bien, je crois que le seul truc que je puisse te reprocher, c'est de nous avoir fait lire l'horrible, l'abominable The Prime of Miss Jean Brodie (et le voir à la télé, comme si c'était pas déjà assez chiant comme ca, fallait qu'ils en fasse un film !). Mais c'est pas trop grave, hein. After all, nobody is perfect !

 

Images : BD "les Profs" et photo classique de mon ex-lycée (troooop la classe)

 

Commentaires

Bonjour Morgane,
Eh! oui, c'est le personnage qui te gueulait dessus, chose que tu exécrais. Mais comme tu as bien voulu me classer parmi tes profs. préférés, je n'étais qu'instit)il me faut quand même te dire merci, moi qui avais la prétention de vous apprendre un petit minimum de politesse d'avant 68 ( en 68 je travaillais en Suisse). J'avoue sans fausse modestie que ce que tu as écrit, dans un style , (je cherche un qualificatif............)disons vif (si, si il me plaît, j'ai évolué moi aussi)oui, sans fausse modestie, cela m'a fait grand plaisir
Ceci dit, pas très bien, j'aimerais tout de même savoir ce que tu deviens, ce que tu fais, si tu es heureuse. Bref, tout ce que tu voudras bien me raconter, voire m'avouer. (Je suis un tombeau, je n'en suis pas loin)me fera plaisir. Surtout si tu le fais avec ton style "vif". Merci , chère Morgane. Et pardonne-moi de te tutoyer, chose que tu peux faire aussi.
Fidèlement à toi.
René
wisselmannr@yahoo.fr

Ecrit par : Wisselmann René | 31.03.2008

Je me relis, mais trop tard. J'ai fait des phrases lourdingues, surtout à la fin grâce à un point fort mal placé après "m'avouer". Je n'ai pas ton talent. Mon cerveau a beaucoup donné (dans le vide??) et n'a plus de rendement.
J'ai tout de même trouvé une faute d'orthographe chez toi.( je fais une addiction avec cela).
Exécrer et non excécrer. Pardon, Pardon.
Réponds-moi, un jour où tu ne sauras pas quoi faire.

Ecrit par : Wisselmann René | 31.03.2008

Bonsoir Morgane,

Formidable ton Haïku tout de même! Oui je l'avais pris avec humour et je me souviens bien de ton petit air espiègle et des rires que cela avait déclenchés. Il y a quelques syllabes en trop, il n'en faudrait que 17 normalement, mais, va, je te pardonne, l'esprit est là, et je vois que toi-même tu en as à revendre aujourd'hui encore ;)
Je garde un très bon souvenir de cette classe de troisième, en général et de toi en particulier, au palmarès de ma carrière d'enseignant, vous êtes sur la plus haute marche du podium. Et le jour où vous aviez chanté Oh! bruit doux de la pluie.. Séquence émotion...
Merci pour ce bel éloge qui me va droit au coeur. Es-tu toujours au Mexique? Tu as mon adresse Email, n'hésite pas à m'envoyer un petit mot à l'occasion, j'y répondrai avec grand plaisir, puedes escribir en espanol si quieres. Succès et bonheur dans tout ce que tu entreprends.
M Pantalacci Martin

Ecrit par : Pantalacci | 14.08.2008

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